Acomptes d'IS de septembre : comment les moduler (et récupérer de la trésorerie)
Comment fonctionnent les acomptes d'IS ?
Toute société soumise à l'IS verse quatre acomptes par an, aux 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre (pour un exercice calé sur l'année civile). Chaque acompte représente 25 % de l'IS dû au titre de l'exercice précédent : au fil des quatre versements, vous avez payé d'avance l'équivalent de l'impôt de l'an dernier. Le solde est ensuite régularisé après la clôture, via le relevé n° 2572, au plus tard le 15 du quatrième mois suivant la fin de l'exercice.
Deux exceptions à connaître : les sociétés dont l'IS de référence n'excède pas 3 000 € sont dispensées d'acomptes, et une société nouvellement créée ne verse aucun acompte au titre de son premier exercice.
Petite subtilité de calendrier : le premier acompte (15 mars) est provisoirement calculé sur le résultat de l'avant-dernier exercice — le bénéfice de l'année précédente n'étant pas encore déclaré à cette date — puis régularisé lors du deuxième acompte.
Où est le problème ?
Le système repose entièrement sur une hypothèse : que votre bénéfice de cette année ressemble à celui de l'an dernier. Quand l'activité progresse, tant mieux — vous paierez le complément au solde, sans pénalité. Mais quand l'activité recule, le mécanisme joue contre vous : vous immobilisez pendant des mois une trésorerie que l'État ne vous remboursera qu'après le dépôt de votre solde, l'année suivante.
Concrètement : une société qui a réalisé un bon exercice 2025 mais traverse un 2026 difficile finance l'administration fiscale à taux zéro, précisément au moment où elle a le plus besoin de son cash.
La modulation : un droit, pas une faveur
L'article 1668 du CGI (4 bis) prévoit qu'une entreprise peut réduire le montant de ses acomptes ou s'abstenir de les verser dès lors qu'elle estime que le total des acomptes déjà payés au titre de l'exercice atteint ou dépasse l'IS dont elle sera finalement redevable.
La mise en œuvre est d'une simplicité rare en fiscalité française :
Vous établissez une estimation sérieuse de votre résultat 2026 et de l'IS correspondant.
Sur le relevé d'acompte n° 2571 (transmis en ligne via votre espace professionnel impots.gouv.fr), vous cochez la case « Minoration » en page 1.
Vous versez le montant réduit — ou zéro si le plafond est déjà atteint. Aucune demande préalable, aucun justificatif à joindre.
Exemple chiffré : 24 000 € de trésorerie préservée
Prenons la SARL Martin, clôture au 31 décembre :
Élément | Montant |
|---|---|
IS payé au titre de 2025 | 60 000 € |
Acompte trimestriel 2026 « automatique » (25 %) | 15 000 € |
Acomptes déjà versés (15 mars + 15 juin) | 30 000 € |
IS 2026 estimé en juillet (résultat en baisse) | 36 000 € |
Sans modulation, la SARL Martin verserait encore 15 000 € le 15 septembre et 15 000 € le 15 décembre, soit 60 000 € au total — et attendrait le remboursement de 24 000 € d'excédent en 2027.
Avec modulation : le plafond utile est l'IS estimé, 36 000 €. Ayant déjà versé 30 000 €, elle limite son acompte de septembre à 6 000 € et se dispense totalement de celui de décembre. Résultat : 24 000 € qui restent dans l'entreprise pendant les mois où ils servent — payer les fournisseurs, financer un recrutement, passer un trimestre tendu.
Et si l'estimation s'avère un peu trop prudente dans l'autre sens ? L'excédent éventuellement versé est remboursé d'office dans les 30 jours suivant le dépôt du relevé de solde, ou imputé sur le premier acompte de l'exercice suivant.
Quel est le risque si l'on se trompe ?
C'est le point qui exige de la rigueur. Si votre estimation était trop optimiste et qu'à la clôture les acomptes versés se révèlent insuffisants, l'administration applique une majoration de 5 % sur les sommes non réglées (article 1731 du CGI), à laquelle s'ajoute l'intérêt de retard de 0,20 % par mois (article 1727 du CGI) — même si vous payez votre solde dans les temps.
C'est pourquoi la modulation ne se décide jamais « au doigt mouillé ». Elle repose sur un atterrissage sérieux : situation comptable à mi-année, carnet de commandes, saisonnalité, éléments exceptionnels. C'est exactement le travail que nous menons avec nos clients entre juillet et août : un point de gestion qui transforme une intuition (« l'année est moins bonne ») en décision documentée et défendable.
Pourquoi agir maintenant, et pas en décembre ?
Parce que chaque échéance passée est définitivement payée. Attendre le 31 décembre pour constater que l'année a été difficile, c'est avoir financé l'État toute l'année sans jamais utiliser votre droit. Une estimation fiable réalisée en juillet-août vous permet de moduler dès l'acompte du 15 septembre — puis d'affiner en décembre. À l'inverse, si votre activité est en croissance, ce même point de gestion vous permet d'anticiper le solde à payer l'an prochain et d'éviter la mauvaise surprise de trésorerie.
Dans les deux cas, le calendrier gagnant est le même : le point d'atterrissage fiscal se fait à l'été, pas en janvier.

















